
Réfugiés rohingyas au Bangladesh. Ils sont déplacés de force en raison des actions du gouvernement du Myanmar. Image du domaine public de Zlatica Hoke (VOA).
L’Asie et le Moyen-Orient se trouvent au centre de plusieurs systèmes migratoires à la fois. Des travailleurs d’Asie du Sud partent vers les marchés du travail du Golfe. Des étudiants de Chine, d’Inde et d’autres pays asiatiques remplissent des universités en Amérique du Nord, en Europe et dans l’Asie-Pacifique. Des réfugiés de Syrie, d’Afghanistan, du Myanmar et de Palestine restent concentrés dans des pays voisins. Les catastrophes et les pressions climatiques déplacent aussi des millions de personnes à l’intérieur de leur propre État.
Le dernier Rapport État de la migration dans le monde, publié par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en mai 2026, estimait à environ 304 millions le nombre de migrants internationaux dans le monde à la mi-2024. L’Asie reste l’une des plus grandes régions d’origine et de destination, mais le schéma est inégal. Certains pays envoient des travailleurs à l’étranger, d’autres accueillent de grandes populations nées ailleurs, et certains font les deux.
Mobilité régionale et Golfe
Le système de travail le plus visible de la région relie l’Asie du Sud et du Sud-Est aux pays du Golfe. Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Bahreïn et Oman dépendent fortement de la main-d’œuvre étrangère. Dans certains États du Golfe, les migrants constituent la majorité de la population résidente. L’Organisation internationale du Travail indique que les États arabes accueillent de vastes populations de travailleurs migrants et que les réformes doivent encore traiter les règles de parrainage, le travail domestique et les protections du travail.
Ce mouvement ne relève pas seulement de pays pétroliers riches qui recrutent des travailleurs étrangers. Il répond aussi aux écarts de salaires et à la pression de l’emploi dans les pays d’origine. Un travailleur venu d’Inde, du Bangladesh, du Népal ou des Philippines peut gagner davantage dans la construction, les services, le travail domestique ou les métiers du soin à l’étranger que chez lui. Pour de nombreux ménages, migrer devient une façon de gérer des dettes, de payer l’éducation et de soutenir des proches.
Le même système crée des vulnérabilités. Les dispositifs de parrainage peuvent lier le statut légal d’un travailleur à un seul employeur. Les frais de recrutement peuvent endetter les migrants avant leur arrivée. Les travailleuses domestiques sont particulièrement exposées parce qu’elles travaillent souvent dans des domiciles privés, loin de l’inspection ordinaire du travail. Certains États du Golfe ont adopté des réformes, mais l’application et la couverture restent inégales.
La chaîne de recrutement explique en partie pourquoi la protection est difficile. Un travailleur peut d’abord traiter avec un intermédiaire local, puis avec une agence de recrutement, puis avec un employeur ou un parrain à l’étranger. Chaque étape peut ajouter des frais, des promesses et des documents que le migrant a peu de moyens de vérifier. Lorsque l’emploi réel ne correspond pas à ce qui avait été promis, le travailleur peut se retrouver endetté et avec peu de pouvoir de négociation. Une meilleure régulation doit donc couvrir les recruteurs, les contrats, l’information avant le départ et les mécanismes de plainte dans les pays d’origine.
Il existe aussi une hiérarchie de statut dans les marchés du travail du Golfe. Les professionnels à revenu élevé peuvent souvent changer d’emploi, parrainer des proches et utiliser les circuits bancaires formels. Les travailleurs à bas salaire ont moins d’options, surtout lorsque le logement, le visa et le salaire dépendent de l’employeur. Cette différence explique pourquoi la migration peut être rationnelle pour un ménage et rester risquée pour le travailleur individuel.
Envois de fonds et économies familiales
Les envois de fonds sont l’un des effets économiques les plus visibles de la migration asiatique. Le rapport 2026 de l’OIM estimait les remises migratoires mondiales à environ 905 milliards de dollars en 2024, dont 685 milliards vers les pays à revenu faible ou intermédiaire. L’Asie reçoit une grande part de ces flux.
L’Inde est le cas central. Selon le rapport 2026 de l’OIM, l’Inde a reçu plus de 137 milliards de dollars d’envois de fonds en 2024, restant le premier bénéficiaire mondial. Les Philippines et le Pakistan figuraient aussi parmi les principaux bénéficiaires mondiaux, tandis que le Bangladesh et la Chine recevaient des flux élevés. La Banque mondiale estimait que l’Asie du Sud avait connu la plus forte croissance régionale des envois de fonds en 2024, tirée surtout par l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh.
Ces transferts soutiennent les dépenses familiales plus directement qu’ils ne construisent des institutions publiques. Ils aident à payer nourriture, frais scolaires, soins médicaux et logement. À l’échelle nationale, ils apportent des devises et peuvent amortir les chocs économiques. Ils révèlent toutefois une dépendance : lorsque les économies de destination ralentissent ou que les migrants perdent leur statut légal, les familles restées au pays en ressentent vite les effets.
Le coût des transferts d’argent fait partie du problème public. Une faible commission peut être supportable pour un professionnel qui envoie une somme élevée, mais elle pèse davantage pour un travailleur à bas salaire qui transfère de l’argent chaque mois. Les paiements numériques ont réduit les coûts dans certains corridors, tandis que les agents en espèces et les marges de change rendent d’autres corridors encore chers. Pour les pays qui dépendent des envois de fonds, des transferts moins coûteux et plus sûrs ne sont pas un détail technique. Ils déterminent quelle part du salaire du migrant arrive à la famille que la migration devait soutenir.
L’Asie centrale montre une autre version de cette dépendance. Des migrants venus du Kirghizstan et du Tadjikistan dépendent depuis longtemps du travail en Russie et au Kazakhstan. Les Ouzbeks empruntent les mêmes corridors, surtout lorsque les emplois se trouvent dans la construction, le commerce de détail ou les services. Les envois de fonds aident les ménages à couvrir les dépenses courantes, mais ils exposent aussi les pays d’origine aux chocs des marchés du travail de destination. La guerre de la Russie en Ukraine, les variations de change et des règles migratoires plus strictes ont rendu ce corridor plus incertain.
Réfugiés et déplacements forcés
L’Asie et le Moyen-Orient contiennent aussi certaines des plus grandes crises de déplacement forcé au monde. Le rapport Global Trends 2024 du HCR estimait que plus de 123 millions de personnes étaient déplacées de force dans le monde à la fin de 2024. L’Afghanistan et la Syrie restaient parmi les principaux pays d’origine, et les réfugiés rohingyas du Myanmar demeuraient l’une des plus grandes populations réfugiées apatrides.
La plupart des réfugiés de la région restent près de chez eux. Les réfugiés afghans sont depuis longtemps accueillis surtout par l’Iran et le Pakistan. Les réfugiés syriens sont concentrés en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Irak, même si les retours ont augmenté après les changements politiques survenus en Syrie à la fin de 2024. Les réfugiés rohingyas restent fortement concentrés au Bangladesh, en particulier dans les camps autour de Cox’s Bazar.
Les réfugiés palestiniens forment un cas séparé et ancien parce que beaucoup relèvent du mandat de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), plutôt que du HCR. Les chiffres 2024 du HCR comptaient 5,9 millions de réfugiés palestiniens sous mandat de l’UNRWA. Cette distinction compte pour les données parce que les catégories de réfugiés au Moyen-Orient sont réparties entre deux systèmes de l’ONU.
Le retour est politiquement sensible dans toutes ces crises. Certains Syriens sont rentrés après la chute du gouvernement Assad en décembre 2024, mais les infrastructures endommagées, les risques de sécurité et la faiblesse des services ont rendu difficile un retour à grande échelle. Les retours afghans depuis le Pakistan et l’Iran ont aussi augmenté par moments sous la pression des gouvernements d’accueil, plutôt que parce que l’Afghanistan était devenu sûr. Pour les Rohingyas, le retour au Myanmar reste bloqué par l’insécurité, l’absence de droits de citoyenneté et la crainte de nouvelles persécutions.
Les pays d’accueil subissent une pression réelle, mais cette pression n’efface pas les obligations de protection. Le Liban et la Jordanie ont porté une lourde charge de réfugiés syriens par rapport à leur population. Le Pakistan et l’Iran accueillent des Afghans depuis des décennies. Le Bangladesh accueille les Rohingyas dans des camps denses, avec peu de terres et peu de possibilités de travail. Ces situations créent des tensions budgétaires, sociales et sécuritaires, mais un retour prématuré peut reproduire le déplacement au lieu de le résoudre. Les solutions durables exigent la sécurité dans le pays d’origine, un soutien aux communautés d’accueil et des options légales qui réduisent le besoin de mouvements irréguliers ultérieurs.
Étudiants et migration qualifiée
L’Asie est aussi centrale dans la mobilité internationale des étudiants. La Chine et l’Inde comptent parmi les plus grandes origines d’étudiants à l’étranger, et les pays asiatiques représentent encore une part majeure des étudiants mobiles à l’international. Les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie restent des destinations importantes, tandis que le Japon, la République de Corée, la Chine et Singapour attirent aussi des étudiants d’autres pays asiatiques.
La migration étudiante diffère de la migration de travail à bas salaire, mais les deux sont liées par les écarts d’opportunités. Les familles investissent dans des études à l’étranger parce que les diplômes peuvent ouvrir l’accès à de meilleurs salaires, à des réseaux professionnels et à des voies légales de travail. Les pays de destination utilisent aussi les routes étudiantes pour attirer des travailleurs qualifiés.
Cela crée un dilemme pour les pays d’origine. La migration qualifiée peut apporter des envois de fonds, des réseaux professionnels et des retours. Elle peut aussi priver des pays de médecins, d’ingénieurs et de chercheurs dont ils ont besoin. La question n’est pas simplement de savoir si les étudiants partent, mais s’il existe des voies crédibles pour qu’ils reviennent, investissent, collaborent ou circulent entre pays.
Le même dilemme apparaît dans les métiers du soin. Les sociétés vieillissantes d’Asie de l’Est, d’Europe et du Golfe ont besoin d’infirmiers, d’aidants et de travailleuses domestiques. Les Philippines ont bâti des institutions autour de l’emploi à l’étranger, tandis que l’Indonésie, le Bangladesh et le Sri Lanka envoient aussi de nombreux travailleurs hors du pays. Cela peut créer des revenus pour les familles et des possibilités de formation pour les travailleurs, mais aussi retirer de la main-d’œuvre aux systèmes de santé locaux et placer des femmes dans des emplois faiblement protégés.
Les voies éducatives peuvent également devenir une infrastructure migratoire. Par exemple, un visa étudiant est souvent plus qu’une autorisation d’étudier. Il peut mener à des stages, à des permis de travail après les études, à des licences professionnelles et parfois à la résidence. Les pays de destination le savent et utilisent de plus en plus les systèmes universitaires pour attirer des talents. Les pays d’origine doivent donc choisir entre traiter la migration étudiante comme une perte ou construire des réseaux d’anciens étudiants, des partenariats de recherche et des incitations au retour qui maintiennent les liens même lorsque les diplômés restent à l’étranger.
Catastrophes et pression climatique
Le déplacement interne est souvent plus important que la migration transfrontalière. L’Internal Displacement Monitoring Centre a indiqué que les déplacements liés aux catastrophes avaient fortement augmenté en Asie du Sud en 2024, atteignant 9,2 millions de mouvements. L’Asie de l’Est et le Pacifique ont aussi enregistré leur plus haut niveau de déplacements liés aux catastrophes depuis 2016.
Les principaux facteurs sont connus : cyclones, inondations, tempêtes et glissements de terrain. Le Bangladesh et l’Inde subissent des inondations fluviales et côtières répétées. Les Philippines sont exposées aux typhons et au risque volcanique. La Chine est fortement exposée aux inondations, tandis que l’Afghanistan combine sécheresse, séismes et vulnérabilité liée aux conflits.
Le changement climatique ne doit pas être traité comme une cause unique qui produit automatiquement la migration. Il agit généralement à travers les moyens de subsistance. Lorsque des inondations détruisent les cultures, lorsque la chaleur réduit les heures de travail ou lorsque des tempêtes endommagent les maisons, les personnes peuvent se déplacer temporairement, à répétition ou durablement. Beaucoup restent dans leur propre pays faute d’argent, de documents ou de réseaux pour franchir les frontières.
La migration irrégulière augmente lorsque les voies régulières sont trop étroites pour l’ampleur de la demande. En Asie du Sud-Est, la Thaïlande et la Malaisie attirent des travailleurs de pays voisins, tandis que des passeurs exploitent les personnes qui ne peuvent pas obtenir de documents ou payer un recrutement formel. Dans la baie du Bengale et la mer d’Andaman, des réfugiés rohingyas ont tenté à plusieurs reprises de dangereux voyages en bateau. Le HCR a indiqué qu’environ 660 réfugiés rohingyas étaient morts ou portés disparus en mer en 2024, montrant comment les défaillances de protection peuvent transformer le déplacement en risque maritime.
La migration interne appartient aussi au tableau. La mobilité interne de la Chine a été façonnée pendant des décennies par l’industrialisation, les emplois urbains et le système d’enregistrement des ménages. L’Inde connaît de grands mouvements saisonniers et circulaires entre villages, petites villes et grandes agglomérations. Dans le Golfe, la mobilité interne est moins visible parce que la division centrale est souvent le statut légal et la nationalité, non le passage d’une province à une autre. Ces systèmes internes influencent la migration internationale parce qu’ils façonnent les compétences, les salaires et les attentes avant même qu’une personne traverse une frontière.
L’urbanisation ajoute une autre couche. Les migrants se dirigent souvent d’abord vers les villes, les ports, les zones industrielles ou les pôles de construction. Ces lieux concentrent les emplois, les intermédiaires et les liaisons de transport. Ils concentrent aussi les risques lorsque le logement est surpeuplé, que les services sont faibles ou que les travailleurs n’ont pas d’enregistrement local. Un article sur la migration qui ne regarde que les frontières ignore qu’une grande partie des décisions se prend dans les marchés du travail urbains avant l’usage d’un passeport.
Pourquoi la région est difficile à résumer
L’Asie et le Moyen-Orient ne peuvent pas être réduits à une seule histoire migratoire. L’Inde est un géant des envois de fonds et une grande origine d’étudiants. Le Golfe est une destination de travail aux protections inégales. L’Afghanistan, la Syrie, le Myanmar et la Palestine façonnent la politique des réfugiés. Le Bangladesh, les Philippines et le Pakistan sont liés à l’exportation de travail et au risque de catastrophe. La Chine est une origine d’étudiants, un acteur des envois de fonds et un pays de forte mobilité interne.
Le fil commun est que la migration dépend des institutions. Recrutement sûr, coûts de transfert plus faibles, droits portables, protection des réfugiés et préparation aux catastrophes déterminent si le mouvement devient une voie vers la sécurité ou une source d’exploitation. La région a déjà les chiffres. La question de politique publique est de savoir si les États peuvent gérer ces mouvements sans pousser travailleurs, réfugiés et familles déplacées vers des choix plus dangereux.
La bonne gouvernance, dans ce contexte, n’est pas seulement un ministère de la migration qui délivre des permis. Elle forme une chaîne d’institutions concrètes, et non un guichet unique. Les consulats doivent pouvoir aider les travailleurs dont les passeports sont retenus ou dont les salaires ne sont pas payés. Les tribunaux et les agences du travail doivent offrir des procédures que les migrants peuvent réellement utiliser. Les écoles et les systèmes de santé doivent prévoir des règles pour des familles migrantes et réfugiées qui peuvent rester pendant des années. Les gouvernements locaux ont besoin de plans de catastrophe qui incluent les personnes sans titre sûr ni documents formels.
L’avenir migratoire de la région sera façonné par trois pressions. La démographie continuera d’envoyer de jeunes travailleurs depuis des pays où l’emploi manque vers des lieux où la demande de main-d’œuvre existe. Les conflits et les persécutions continueront de produire des déplacements si les règlements politiques ne deviennent pas durables. La pression climatique continuera de peser sur les moyens de subsistance, surtout là où le logement, l’eau et la gouvernance foncière sont déjà fragiles. Aucune de ces pressions ne rend la migration impossible à gérer. Elles rendent l’improvisation coûteuse.