
Un bateau transportant des migrants de Samoa à Tokelau, Nouvelle-Zélande. Image du Département des Affaires Étrangères et du Commerce de l’Australie, sous licence CC BY 4.0.
L’Océanie a une population réduite par rapport aux autres régions, mais la migration occupe une place centrale dans sa démographie. Les données de l’ONU sur le stock international de migrants en 2024 estimaient à environ 9,9 millions le nombre de migrants internationaux en Océanie, soit près de 21,5 % de la population régionale. Cette proportion était plus élevée que celles de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Le chiffre se concentre en Australie et en Nouvelle-Zélande. Le reste du tableau régional relie l’émigration des îles du Pacifique au travail saisonnier, aux envois de fonds et aux déplacements liés au climat.
Le World Migration Report 2026, publié par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), utilise les données de l’ONU de 2024 pour montrer pourquoi l’Océanie paraît particulière dans les statistiques mondiales. À l’échelle mondiale, il y avait environ 304 millions de migrants internationaux à la mi-2024, soit 3,7 % de la population mondiale. Le nombre absolu de l’Océanie est faible, mais les migrants forment une part élevée de la région parce que l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont de fortes populations nées à l’étranger et que beaucoup d’États insulaires du Pacifique ont de petites populations résidentes.
L’Océanie ne peut donc pas être comprise comme un seul système migratoire. Les deux grands pays de destination de la région disposent d’universités, de vastes économies de services et de programmes formels d’immigration. Dans les îles du Pacifique, de nombreuses communautés apparaissent de l’autre côté de la relation : leurs citoyens partent vers de plus grandes économies pour obtenir un revenu, une formation ou une sécurité familiale après une catastrophe. Le schéma migratoire régional relie l’installation en Australie et en Nouvelle-Zélande à la survie économique de nombreuses petites communautés insulaires.
Australie
L’Australie est le premier pays de destination de l’Océanie. L’ONU estimait qu’elle accueillait environ 8,1 millions de migrants internationaux en 2024, soit près de 30,4 % de sa population. La migration est donc centrale pour son marché du travail, sa croissance démographique et ses universités. Les principaux groupes d’origine comprennent des personnes nées au Royaume-Uni, en Inde, en Chine et en Nouvelle-Zélande. D’autres flux viennent d’Asie, d’Europe et du Pacifique.
Les données récentes sur les flux montrent l’ajustement d’après-pandémie. Le Bureau australien des statistiques a fait état d’une migration nette extérieure de 446 000 personnes pendant l’année financière 2023-2024, en baisse par rapport au niveau très élevé qui avait suivi la réouverture des frontières. Des données ultérieures pour 2024-2025 ont montré une nouvelle baisse. Le débat australien est désormais structuré par l’écart entre la demande de travailleurs et d’étudiants et la capacité du logement à les absorber.
Les étudiants internationaux sont au cœur de ce débat. Les universités australiennes dépendent des étudiants étrangers pour leurs revenus, et beaucoup d’étudiants voient l’Australie comme une voie vers une expérience professionnelle ou un séjour plus durable. Cependant, les arrivées rapides après la réouverture ont renforcé les inquiétudes sur les loyers, les infrastructures et l’intégrité des voies migratoires liées à l’éducation. La question politique est de maintenir ensemble la politique éducative, la politique du travail et la politique du logement.
Les travailleurs temporaires comptent aussi. L’Australie utilise des visas qualifiés, des visas vacances-travail et des programmes de travail du Pacifique pour répondre à ses besoins de main-d’œuvre. Certains migrants travaillent dans des secteurs qualifiés ; d’autres soutiennent les services urbains, les chantiers et les récoltes qui manquent de personnel local. Le statut temporaire peut affaiblir le pouvoir de négociation, surtout lorsque le travailleur dépend d’un visa, d’un employeur ou d’un intermédiaire.
Nouvelle-Zélande
La Nouvelle-Zélande est plus petite, mais la migration est également centrale pour sa population et son économie. L’ONU estimait à environ 1,47 million le nombre de migrants internationaux en Nouvelle-Zélande en 2024, soit près de 28,2 % de la population. Le pays reçoit depuis longtemps des migrants du Pacifique, du Royaume-Uni, d’Asie et d’Australie. Il connaît aussi une forte sortie de citoyens, surtout vers l’Australie, car les Néo-Zélandais disposent de larges droits de mobilité à travers la mer de Tasman.
Stats NZ a signalé un gain migratoire net provisoire de 14 200 personnes pour l’année terminée en décembre 2025, contre 23 800 en 2024 et bien moins que le pic d’après-pandémie. Les chiffres comprenaient un gain net de non-citoyens néo-zélandais et une perte nette de citoyens néo-zélandais. Cette combinaison compte : la Nouvelle-Zélande peut recevoir des migrants tout en perdant beaucoup de ses propres citoyens.
Le cas néo-zélandais montre pourquoi la migration nette doit être interprétée. Un solde positif peut cacher de fortes arrivées et de forts départs. Si beaucoup de citoyens partent pendant que des non-citoyens arrivent, le marché du travail gagne des personnes, mais les familles et les réseaux professionnels changent. Certains Néo-Zélandais partent chercher de meilleurs salaires en Australie ; d’autres migrants arrivent pour travailler, étudier ou rejoindre leur famille. La migration en Nouvelle-Zélande est donc à la fois une source de croissance démographique et un signe de l’écart salarial avec l’Australie.
La Nouvelle-Zélande joue aussi un rôle important dans la mobilité du Pacifique. Les communautés du Pacifique sont profondément intégrées dans la société néo-zélandaise, et de nombreuses familles gardent des liens à travers plusieurs archipels. La migration peut soutenir l’éducation, les envois de fonds et les réseaux familiaux, mais elle peut aussi produire séparation et charges de soins lorsque des adultes en âge de travailler passent de longues périodes à l’étranger.
Îles du Pacifique
Les pays insulaires du Pacifique ont de petites populations, si bien que des nombres modestes d’émigrants peuvent représenter une part importante d’une communauté. Les données de l’ONU de 2024 montrent une forte migration intrarégionale depuis l’Océanie : environ 73 % des migrants nés dans la région vivent ailleurs dans la région. Pour beaucoup d’insulaires du Pacifique, partir à l’étranger signifie entrer dans des circuits proches de travail et de famille, surtout autour de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Pacifique nord.
Les raisons sont pratiques. Les grandes économies offrent plus d’emplois, des salaires plus élevés, des études possibles et des services de santé. Elles offrent aussi des réseaux familiaux déjà établis. Certaines îles ont des marchés du travail limités, des bases d’exportation étroites et une forte exposition aux dangers climatiques. La migration peut devenir une stratégie familiale : une personne travaille au-dehors, envoie de l’argent et aide à payer les dépenses essentielles.
Les envois de fonds sont particulièrement importants en Polynésie. Les travaux de la Banque mondiale placent régulièrement Tonga et Samoa parmi les économies les plus dépendantes des remises migratoires. Dans des estimations récentes, ces transferts représentaient des parts très élevées du PIB. Pour certaines économies du Pacifique, la migration fait partie du système national de revenu.
Cette dépendance a des coûts. Les remises peuvent stabiliser les familles après une catastrophe ou un choc économique, réduire la pauvreté et financer l’éducation. Pourtant, une forte dépendance aux travailleurs expatriés expose les ménages aux conditions du marché du travail en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. Si les migrants perdent leur emploi, subissent une exploitation ou ne peuvent pas voyager, les familles restées au pays perdent des revenus. Les pays d’origine peuvent aussi perdre des infirmiers, enseignants, techniciens et jeunes adultes nécessaires localement.
Travail saisonnier
L’Australie et la Nouvelle-Zélande exploitent des programmes formels de mobilité du travail pour les travailleurs du Pacifique. Le Pacific Australia Labour Mobility et le Recognised Seasonal Employer néo-zélandais relient les employeurs à des travailleurs venus de pays insulaires du Pacifique. Ces programmes sont particulièrement importants dans l’agriculture et l’horticulture, où la demande saisonnière est élevée.
Les avantages sont clairs. Les travailleurs peuvent gagner davantage à l’étranger qu’au pays, et les remises soutiennent les familles et les économies locales. Les employeurs obtiennent une main-d’œuvre plus fiable. Les pays d’origine reçoivent des revenus sans exiger une émigration permanente. Comme les participants rentrent généralement chez eux après une saison ou une période de travail, les gouvernements peuvent présenter ces programmes comme une migration circulaire.
La migration circulaire crée néanmoins des coûts sociaux. Les travailleurs peuvent passer des mois loin de leur conjoint, de leurs enfants et de parents âgés. Les communautés peuvent perdre des adultes actifs pendant des périodes importantes. Des signalements sur le mauvais logement, les déductions excessives et la surveillance insuffisante ont aussi soulevé des inquiétudes sur l’exploitation. Les programmes saisonniers fonctionnent mieux lorsque la protection des travailleurs fait partie du système migratoire.
Refuge, asile et protection
Les questions de refuge et d’asile sont moins importantes en Océanie qu’en Europe ou en Amérique du Nord, mais elles restent politiques. L’Australie combine depuis longtemps la réinstallation humanitaire avec des politiques maritimes strictes. Ses dispositifs de traitement offshore à Nauru et en Papouasie-Nouvelle-Guinée sont devenus controversés en raison de la détention prolongée, des atteintes à la santé mentale et de l’incertitude imposée aux demandeurs d’asile.
Il faut aussi garder les catégories claires. Les personnes déplacées par un cyclone à Fidji ou au Vanuatu ne deviennent pas automatiquement réfugiées au sens du droit international. Celles qui se déplacent parce que leurs moyens de subsistance sont affaiblis par la montée des eaux ou par des catastrophes répétées peuvent également ne pas entrer dans les catégories ordinaires de l’asile. Cette lacune juridique compte, car la mobilité liée au climat peut être réelle sans correspondre à la définition de réfugié.
Climat, catastrophes et mobilité
L’Océanie est très exposée aux risques environnementaux. Les cyclones et les éruptions volcaniques peuvent déplacer des familles rapidement. Les inondations, les sécheresses, l’érosion côtière et l’élévation du niveau de la mer peuvent modifier la mobilité plus lentement. Certains déplacements sont courts ; d’autres deviennent durables lorsque la terre, l’eau, les infrastructures ou les moyens de subsistance sont endommagés à répétition. Les petits États insulaires font face à une difficulté particulière, car la relocalisation peut menacer l’identité culturelle, les droits fonciers et la souveraineté politique.
Dans certains cas, une mobilité planifiée peut être nécessaire. Les voies de travail, l’accès à l’éducation et les réseaux de diaspora peuvent aider les familles à diversifier les risques avant qu’une catastrophe rende le départ urgent. Pour les communautés insulaires du Pacifique, politique migratoire et politique climatique se recoupent de plus en plus. La question est de savoir si le mouvement se fait avec des droits, une préparation et le consentement communautaire, ou sous pression après la destruction des logements et des moyens de subsistance.
Le tableau principal
Le profil migratoire de l’Océanie est façonné par un fort contraste régional. L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont de grands pays de destination, avec de fortes proportions de migrants, des universités puissantes et des systèmes formels de travail. Les pays insulaires du Pacifique dépendent souvent de la mobilité extérieure, des remises et du travail saisonnier pour soutenir les familles et les économies nationales. Ces deux côtés sont liés : la prospérité de nombreuses familles du Pacifique dépend de l’accès à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande, tandis que des employeurs de ces pays dépendent du travail du Pacifique, de relations régionales stables et de règles prévisibles.
Les données actuelles dépassent l’ancien tableau pandémique. La région n’est plus définie principalement par les frontières fermées. Le bond migratoire australien s’est modéré, le gain net néo-zélandais a fortement reculé par rapport à son pic d’après-pandémie, et les données de l’ONU de 2024 montrent que la part des migrants en Océanie reste parmi les plus élevées du monde. L’Océanie est petite par sa population, mais la migration organise ses marchés du travail, ses réseaux familiaux et ses risques climatiques.
Le défi politique consiste à ne pas traiter ces sujets séparément. La migration étudiante et les visas qualifiés interagissent avec les programmes de travail du Pacifique. Les remises, la protection des réfugiés et la mobilité climatique font partie du même équilibre régional. Si l’Australie et la Nouvelle-Zélande ferment trop brusquement les voies disponibles, les ménages du Pacifique peuvent perdre des revenus et les employeurs des travailleurs. Si les voies s’élargissent sans logement, contrôle et protection du travail, les migrants peuvent en porter les coûts. Un meilleur système traiterait la mobilité comme une relation régionale de long terme, capable de lier travail, familles, climat, contrôle public et droits sociaux sans réduire le Pacifique à une réserve de main-d’œuvre. Cette logique oblige aussi les gouvernements à mesurer les effets familiaux des règles de visa, pas seulement les volumes d’arrivée.