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Femmes, paix et sécurité : piliers, initiatives et défis

Trois femmes indiennes Casques bleus de la MONUSCO posent en extérieur avec des uniformes de camouflage et des bérets bleus de l’ONU, face à l’appareil, devant un lac et des montagnes lointaines. Le cadrage plus large montre aussi l’environnement officiel de la mission, du mobilier proche, la lumière et des détails de l’arrière-plan.

Casques bleus de la MONUSCO. Image de Kevin Jordan, sous licence CC BY-SA 2.0.

Connu sous le sigle FPS, l’agenda Femmes, paix et sécurité est un cadre politique mondial consacré aux rôles, aux droits et à la protection des femmes dans les contextes de conflit et de paix. Lancé par le Conseil de sécurité des Nations unies au début du XXIe siècle, il reconnaît que les conflits armés touchent les femmes et les filles de manière spécifique et que leur inclusion influe sur la solidité de la paix. En 2025, l’agenda a atteint le 25e anniversaire de la résolution 1325, sa résolution fondatrice. Il implique aujourd’hui des résolutions de l’ONU et des plans d’action nationaux. Il touche aussi les pratiques de maintien de la paix, les réseaux de médiation et les initiatives locales. Des universitaires et des organisations de la société civile continuent pourtant de critiquer certaines parties de l’agenda, surtout lorsque sa mise en œuvre reste symbolique, sous-financée ou détachée des organisations de femmes dans les zones de conflit. L’agenda sert donc à la fois de cadre de droits et de test de partage de l’autorité avec les femmes touchées par les conflits.

Résumé

  • L’agenda FPS est un cadre lié à l’ONU pour protéger les femmes et les filles en temps de conflit, prévenir la violence de genre et élargir leur participation aux efforts de paix.
  • Il trouve son origine dans des décennies de plaidoyer des femmes, notamment l’appel de la Conférence de Pékin de 1995 à aborder les droits des femmes et les inégalités de genre liés aux conflits armés.
  • Son début remonte à la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2000, qui reconnaissait le rôle des femmes dans les efforts de paix et de sécurité.
  • Depuis 2000, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté 10 résolutions fondatrices sur l’agenda FPS, et ONU Femmes recensait 115 pays dotés d’un plan d’action national en octobre 2025.
  • Les critiques soulignent des défis tels que le caractère occidental de l’agenda FPS, la sécuritisation des revendications relatives aux droits des femmes, l’inclusion superficielle des femmes dans les initiatives de paix (participation symbolique) et l’attention insuffisante portée aux inégalités entre femmes, notamment selon la nationalité, l’ethnicité ou la classe sociale.

Qu’est-ce que l’agenda FPS ?

L’agenda FPS représente une approche transformatrice au sein des relations internationales qui lie l’égalité des genres à la paix et à la sécurité mondiales. Fondamentalement, l’agenda FPS considère les femmes comme des actrices politiques de la paix et de la sécurité, et non seulement comme des civiles à protéger pendant la guerre. Il cherche à assurer leur participation pleine et significative aux négociations de paix, à la résolution des conflits, aux institutions de sécurité et à la gouvernance post-conflit. Il souligne également la nécessité de protéger les femmes et les filles contre la violence qui accompagne souvent la guerre, en particulier la violence sexuelle, et de la prévenir par l’alerte précoce, la responsabilisation et l’attention aux inégalités de genre. En somme, l’agenda FPS vise à réformer les efforts de paix et de sécurité en intégrant la moitié de la population mondiale dans les décisions de guerre et de paix.

L’agenda est né d’un plaidoyer de longue date mené par des militantes des droits des femmes et des organisations du monde entier. Un catalyseur clé a été la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995, où les gouvernements se sont engagés à accroître le rôle des femmes dans la prise de décision en matière de paix et de sécurité. La Plateforme d’action de la conférence incluait « Les femmes et les conflits armés » comme l’un de ses domaines critiques. Ce consensus mondial a jeté des bases importantes, mais il a fallu encore cinq ans et une pression supplémentaire pour inscrire la question à l’ordre du jour du Conseil de sécurité de l’ONU. En octobre 2000, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution 1325 sous la présidence de la Namibie et avec le ferme soutien du Bangladesh et d’autres États. Pour la première fois, la plus haute instance de sécurité mondiale reconnaissait formellement la participation égale des femmes au maintien et au rétablissement de la paix. Elle reconnaissait aussi leur rôle dans le relèvement post-conflit et la nécessité de protéger leurs droits pendant les conflits. La résolution 1325 exhortait les États membres de l’ONU et toutes les parties au conflit à prendre des mesures spécifiques, de l’inclusion d’un plus grand nombre de femmes aux tables de négociation à la formation des soldats de la paix à la sensibilité au genre.

L’importance de l’agenda tient en partie à ce changement d’arène. L’activisme des femmes pour la paix existait depuis longtemps hors des institutions de sécurité formelles, mais la résolution 1325 a porté ces revendications devant le Conseil. Cette évolution a donné aux défenseures un langage commun pour demander aux gouvernements, aux missions de paix et aux organisations internationales de rendre compte de la participation et de la protection. Elle n’a pas supprimé l’écart entre engagements et pratique, mais elle a créé un point d’appui pour contester l’exclusion.

Les piliers de l’agenda FPS

L’agenda Femmes, paix et sécurité repose sur quatre piliers principaux qui fournissent un guide pratique pour rendre les démarches de paix et les politiques de sécurité plus sensibles au genre et inclusives :

  • Participation : assurer la présence égale des femmes à tous les niveaux de décision, notamment dans les pourparlers de paix, la direction des opérations de paix et la gouvernance d’après-guerre.
  • Protection : sauvegarder les droits fondamentaux des femmes et des filles, en particulier contre la violence sexuelle et basée sur le genre dans les zones de conflit.
  • Prévention : prévenir la violence contre les femmes et les filles, y compris la violence sexuelle liée aux conflits, et traiter l’inégalité de genre comme facteur d’instabilité.
  • Secours et relèvement : intégrer les perspectives de genre dans l’aide humanitaire, les contextes de déplacement et la reconstruction post-conflit afin de répondre aux besoins de santé, de sécurité et de revenu.

La mise en œuvre de l’agenda FPS

L’agenda FPS est mis en œuvre par des mécanismes internationaux et nationaux. Au niveau international, le Conseil de sécurité a adopté 10 résolutions qui forment le noyau normatif de l’agenda. Adoptée en 2008, la résolution 1820 a abordé la violence sexuelle en temps de guerre comme tactique de terreur. La résolution 1889, adoptée en 2009, a porté sur la participation des femmes à la gouvernance post-conflit. La résolution 2242, adoptée en 2015, a lié l’agenda FPS aux efforts de lutte contre le terrorisme. Au niveau national, les gouvernements utilisent des Plans d’action nationaux (PAN) pour adapter les engagements FPS à leur contexte. En octobre 2025, ONU Femmes recensait 115 pays dotés d’un plan d’action national FPS, ce qui fait des PAN le principal outil national de mise en œuvre. Ces plans décrivent comment les gouvernements, souvent avec la société civile, renforceront le rôle des femmes dans la paix et la sécurité et protégeront leurs droits au niveau national.

L’action de l’ONU et des gouvernements a empêché l’agenda FPS de rester une simple norme diplomatique. Par exemple, les Philippines ont impliqué des femmes à des niveaux élevés dans la négociation d’un accord de paix en 2014, souvent considéré comme une contribution à un accord plus durable. Au Libéria, l’activisme des femmes pour la paix a joué un rôle déterminant dans la fin de la guerre civile en 2003 et a ensuite été renforcé par des cadres FPS soutenant leur participation à la reconstruction. Dans les zones de conflit actives, les femmes soldats de la paix et policières peuvent améliorer les relations communautaires et la protection même lorsqu’elles restent minoritaires. L’agenda a aussi stimulé des réseaux régionaux, comme le réseau des femmes médiatrices de l’Union africaine, et un plaidoyer régulier de la société civile lors des débats annuels du Conseil de sécurité sur l’agenda FPS.

La mise en œuvre dépend aussi du financement, du suivi et du lien des plans nationaux avec les organisations locales. Un plan peut énumérer des priorités, mais il a peu d’effet si les ministères manquent de budget ou si les groupes de femmes ne sont consultés qu’après les décisions. La pratique FPS la plus solide relie les engagements nationaux aux savoirs locaux. Les femmes des communautés touchées par les conflits savent souvent quels risques et quelles exclusions sont négligés.

Les défis liés à l’agenda FPS

Bien qu’il promeuve des progrès pour les droits des femmes dans la paix et la sécurité, l’agenda FPS fait l’objet de critiques concernant ses présupposés et sa mise en œuvre.

Selon les perspectives postcoloniales, l’agenda reflète souvent des idées féministes libérales occidentales qui peuvent ne pas trouver pleinement écho dans les contextes non occidentaux ou y avoir peu d’efficacité. Les universitaires soulignent que si les nations occidentales défendent l’agenda FPS, elles le font parfois sans consulter ou autonomiser correctement les femmes du Sud global, dont les expériences de conflit peuvent différer considérablement. La crainte est que les femmes les plus touchées par la guerre soient traitées comme bénéficiaires des politiques plutôt que comme autrices de ces politiques. De plus, on craint que les pays puissants puissent utiliser la rhétorique FPS pour justifier des interventions militaires au nom du « sauvetage » des femmes — une dynamique que certains appellent la « critique de la paix libérale ». Cette critique met en garde contre la simple insertion des femmes dans les structures militaires et de maintien de la paix existantes sans remettre en question le militarisme sous-jacent ou les déséquilibres de pouvoir de ces structures.

Un autre problème relevé par certains spécialistes est la sécuritisation croissante des revendications relatives aux droits des femmes. Ils soutiennent que les discussions sur l’agenda FPS se concentrent souvent sur les mesures de sécurité, plutôt que sur la paix. Les critiques mentionnent le déploiement de femmes soldats et d’agentes de renseignement, ainsi que les points focaux genre au sein des institutions de sécurité. Une participation accrue des femmes à la consolidation de la paix peut améliorer les résultats, mais une insistance excessive sur les institutions de sécurité peut affaiblir la finalité plus large de l’agenda. L’intention initiale de l’agenda FPS était de prévenir et de mettre fin aux conflits, non de simplement les rendre plus sûrs pour les femmes et les filles.

De plus, les critiques notent que l’agenda FPS traite parfois les femmes comme un groupe homogène, mettant l’accent sur les femmes-victimes ou les femmes-pacifiques sans tenir compte de la diversité parmi les femmes. Une femme africaine dans une zone rurale de conflit peut faire face à des conditions très différentes de celles d’une jeune femme autochtone. Une personne LGBTQ+ dans une société déchirée par la guerre peut avoir des besoins qu’une approche unique ignore. Lorsqu’une politique FPS ignore la race, la sexualité, le handicap, la classe ou le déplacement, elle peut reproduire les exclusions qu’elle prétend combattre. Des chercheurs ont montré que les politiques FPS et les PAN mentionnent rarement des facteurs tels que la race, l’orientation sexuelle ou le handicap, ce qui signifie que certains groupes de femmes et de minorités de genre restent invisibles et non desservis. La pression en faveur d’approches FPS intersectionnelles augmente, afin de garantir qu’aucune femme ou fille touchée par un conflit ne soit laissée pour compte en raison du cadrage étroit des « femmes » dans l’agenda.

Même si ces questions conceptuelles étaient traitées, la mise en œuvre de l’agenda FPS se heurterait encore à plusieurs défis. Les progrès ont été lents et inégaux. La revue d’ONU Femmes de 2025 indique que les femmes ne représentaient que 7 % des négociateurs et 14 % des médiateurs dans les processus de paix formels en 2024. Dans les processus de paix et constitutionnels dirigés, codirigés ou soutenus par l’ONU, les femmes représentaient en moyenne 18 % des négociateurs ou délégués. Ces chiffres montrent que l’adhésion formelle à l’agenda FPS ne change pas automatiquement la composition des tables de négociation.

Des préoccupations existent aussi concernant la « participation symbolique » dans la mise en œuvre de l’agenda. Certaines institutions peuvent ajouter une femme ou une conseillère genre à une équipe simplement pour montrer leur adhésion à l’agenda FPS, sans lui donner d’influence sur la stratégie, les ressources ou les choix de négociation. La conformité symbolique à la résolution 1325 laisse largement intacte la domination masculine dans les décisions de paix et de sécurité.

Enfin, le manque de données sur la participation des femmes aux efforts de paix pose également des défis. De bonnes données sont essentielles pour suivre les progrès de l’agenda FPS, notamment la part de négociatrices et l’accès des femmes aux services de secours. Lorsque les gouvernements ne collectent pas ou ne publient pas ces données, l’exclusion devient plus difficile à identifier et à corriger. Sans preuves publiques, les responsables peuvent afficher leur soutien à l’agenda FPS tout en documentant mal certains écarts de participation. Les groupes de la société civile ont souvent dû combler cette lacune en collectant des preuves sur les expériences des femmes pendant les conflits et sur leurs rôles dans la construction de la paix.

Conclusion

L’agenda Femmes, paix et sécurité marque un tournant dans les relations internationales. Il relie le mouvement pour l’égalité des genres au secteur de la paix et de la sécurité. Il est né de la reconnaissance qu’une paix durable s’affaiblit lorsque la moitié de la population est exclue de la négociation, de la protection, du secours et de la reconstruction. Par ses piliers, les résolutions du Conseil de sécurité et les Plans d’action nationaux, l’agenda FPS tente de changer la manière dont les institutions abordent les conflits. Il a produit des effets normatifs et pratiques significatifs, mais ses résultats restent inégaux. Un meilleur financement, de meilleures données, moins de participation symbolique et une inclusion plus profonde des femmes touchées par les conflits sont essentiels pour que l’agenda FPS dépasse la formule diplomatique.

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